« 26 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 360-361], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8936, page consultée le 02 mai 2026.
26 septembre [1836], lundi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon petit homme chéri. Quel beau temps et quel dommage de n’être pas
ensemble sur la grande route quellea qu’elle soit. Ou bien encore d’être
ensemble ici dans cette chambre, à humer le rayon de soleil qui la remplit. Il est
vrai que vous êtes heureux vous loin de moi, il ne vous manque rien, ni bonheur ni
soleil. Vous avez tout cela bien plus complet que je ne pourrais vous le donner, aussi
vous ne regrettez rien une fois partib de chez moi. Moi c’est différent, tout me manque quand vous n’y
êtes pas. Je suis sans air et sans lumière, je suis triste et je souffre.
Vous
m’aviez promis mon cher petit homme de m’écrire pour faire
un piège à loup1. À défaut d’un autre
prétexte je comptais sur celui-là pour avoir une petite lettre de vous à baiser.
Malheureusement je vous suis devenue assez indifférente pour que vous n’essayiezc même pas de me
tenter.
Maintenant, je ne vous attendsd pas avant 1 h. du matin cette nuit. En
supposant que vos affaires vous ramènent à Paris si tôt,
vous trouverez bon que jusque là je vous aime et que je sois triste.
Juliette
1 Sens ou allusion à élucider.
a « quel ».
b « partie ».
c « n’essayez ».
d « attend ».
« 26 septembre 1836 » [source : Collection particulière], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8936, page consultée le 02 mai 2026.
26 septembre [1836], lundi soir, 6 h. ½
Je vois bien, mon cher petit homme, que je ne dois pas vous espérer avant six ou sept
heures d’ici, en supposant que veniez cette nuit. J’avais gardé Claire dans le cas où j’aurais été assez heureuse
pour vous avoir aujourd’hui, mais la femme désire, l’homme n’en tient aucun compte
et
Dieu se repose. Voilà.
J’ai un affreux mal de tête. Je ne peux pas l’attribuer
au long jeûne que j’ai fait aujourd’hui, aussi je le mets sur le compte de votre
absence. Mon cher petit homme chéri je vous aime de toutes mes forces. J’ai bien envie
de vous voir. Vous êtes bien méchant de ne pas venir.
J’ai envie d’écrire à Mme Lanvin pour la
prier de mener Claire chez son père. Il y a déjà trois semaines qu’elle ne l’a vu,
et
puis le terme de la pension approche, ce qui me détermine le plus, mon cher petit
bien-aimé, avec ma tête malade. Je vous fais mille bonnes petites grimaces significatives, accompagnées d’un torrent de baisers.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
